Du couple en politique: l'Uruguay

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Dans ce tourbillon médiatique du "twittgate" qui enthousiasme les analystes de tout poil, j'ai entendu hier sur France Info un commentaire qui m'a fort énervée. C'était sur le thème: Ségolène Royal présidente de l'Assemblée, franchement, ça serait très ennuyeux, cette proximité entre l'exécutif et le législatif... il n'y a en France que l'on voit des choses comme ça (gros rire). Eh bien, cher monsieur, sachez que pour peu que l'on se donne la peine de s'informer, non, ça n'arrive pas qu'en France.

 

Je vous propose un exemple: l'Uruguay. Dont le président en fonctions depuis 2010 est José Mujica dit "Pepe", ancien guerrillero, âgé de 74 ans lors de son élection. En 2005, il a épousé sa compagne, Lucía Topolansky, qui était aussi sa suppléante au Sénat (un commentaire?) et qui l'a donc naturellement remplacé presque immédiatement puisque Mujica a été appelé au gouvernement par le président de gauche Tabaré Vázquez.

Lucía Topolansky n'est pas arrivée là en étant "compagne de". Elle a fait la connaissance de Pepe Mujica en 1967 dans le mouvement guérillero des Tupamaros, en résistance à la dictature de l'époque. Elle a été arrêtée en 1972 et emprisonnée jusqu'en 1985 - torturée, etc.

Lors de l'élection d'octobre 2009 - en Uruguay on élit tout le monde d'un coup: ça évite de retourner aux urnes quelques semaines après la présidentielle. Avant, il y a des primaires obligatoires dans chaque parti. Et les sénateurs sont élus au suffrage universel direct. Et il y a plusieurs mois de délai entre l'élection et la prise de fonctions - Lucía Topolansky a mené la liste du Mouvement de Participation Populaire, une composante du Front Large (Frente Amplio en VO) qui a recueilli le plus de votes. Elle est donc la sénatrice la mieux élue du pays, et du coup "Première Sénatrice" et troisième sur la "ligne de succession", c'est-à-dire qu'elle assurerait l'intérim de la Présidence si le président et le vice-président venaient à être défaillants.

En cas de défaillance de son mari, donc (un commentaire?).

Mais j'en viens à la prise de fonctions de José Mujica, un moment que j'aime particulièrement. Lors de la cérémonie d'investiture, le nouveau président prête serment. Et qui lui fait prêter serment? Le premier sénateur ou la première sénatrice du pays. Et donc Mujica a prêté serment devant sa femme, première sénatrice.

Tout cela pour dire, cher commentateur, que les couples qui arrivent au pouvoir en politique, ça n'arrive pas qu'en France. Et nous pourrions parler aussi du Guatemala. De l'Argentine. Du Nicaragua (même si ce ne sont pas mes préférés). Bref, un certain nombre de pays qui, vus du microcosme parisien, n'existent évidemment pas.

 

Photo: Marina González pour RFI