Deux acteurs cubains demandent l'asile politique aux Etats-Unis

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Deux acteurs amateurs mettent à profit un festival de cinéma aux Etats-Unis pour y demander l'asile politique. Dans le court-métrage Una noche, ils jouent le rôle de deux jeunes Cubains qui cherchent à quitter l'île en bateau de fortune.

Una noche est le premier court-métrage de la réalisatrice britannique Lucy Mulloy; elle y présente un trio de jeunes Cubains qui cherche à fuir son île. Trois des thèmes mis en avant par cette coproduction américano-cubano-britannique sont "les relations entre les Cubains et les touristes, la lutte face à la déstabilisation de la cellule familiale et l'angoisse et la désespérance d'une jeunesse qui veut quitter l'île par n'importe quel moyen, quoique sans savoir très bien pourquoi", rapporte El Economista (Mexique).

Une réussite, comme nous allons le voir. Le court-métrage a été sélectionné pour le festival de cinéma de Tribeca (New York), et les principaux acteurs ont naturellement été conviés à accompagner la réalisatrice pour le présenter. Mais deux d'entre eux ont disparu lors de l'escale à Miami, le mercredi 18 avril. On était depuis lors sans nouvelles d'eux, même si on se doutait un peu du motif de leur "disparition".

De fait, ils viennent de réapparaître sur le devant de la scène, en demandant l'asile politique aux Etats-Unis. Non qu'ils soient victimes de discriminations ou en danger dans leur pays, mais à présent, explique leur avocat, ils auraient de gros ennuis s'ils devaient y retourner. En effet, mandatés par le gouvernement cubain pour présenter le film, ils étaient en quelque sorte représentants des institutions de l'île. Ce sont désormais, pour les autorités, des déserteurs et des traîtres. Au poteau!

Dans une émission télévisée sur une chaîne hispanophone, les jeunes gens - 20 ans tous les deux - ont expliqué leur geste. Javier Núñez Florián, cuisinier et serveur, et Anailín de la Rúa, vendeuse de bijoux fantaisie sur un marché, voudraient bien devenir acteurs. Encore qu'ils soient disposés à travailler dans toute activité qui leur serait proposée - au moins, ils sont pragmatiques et assez réalistes...

On comprend qu'à l'instar de leurs personnages, ils ont quitté Cuba un peu par hasard, en l'occurrence parce qu'ils avaient un bon moyen de le faire - les vols internationaux sont tout de même plus sûrs que les embarcations faites main, à cet inconvénient près que l'on ne reçoit pas l'asile politique quand on arrive par l'aéroport, alors que c'est automatiquement le cas quand on débarque sur une plage de Floride. Si on y arrive, bien sûr.

La principale explication avancée est que sur l'île "il n'y a pas d'avenir" et que de Miami ils pourront aider leurs familles. La jeune actrice Anailín met en avant l'importance d'offrir à sa soeur actuellement âgée de treize ans une belle fête pour son quinzième anniversaire - en Amérique Latine, le quinzième anniversaire, c'est sacré. La demoiselle a droit à une robe de princesse et dans certains pays, comme au Venezuela, souvent à une paire d'implants mammaires. Anailín se donne donc deux ans pour arriver à financer la fête.

Le troisième acteur du trio s'est pour sa part déclaré surpris, et a assuré qu'il regagnerait Cuba aussitôt sa mission de promotion terminée. En parlant de promotion, il aurait sûrement droit à une médaille. Par opposition avec le comportement anti-patriotique de ses camarades, Dariel Arrechada va probablement devenir quelque temps une icône de la Révolution, comme le petit Elián González il y a dix ans. On leur souhaite bon courage à tous les trois.

En 2011, l'émigration est repartie à la hausse, malgré les réformes économiques censées favoriser l'entrepreneuriat.

Interview vidéo des deux transfuges