Des traitements contre la maladie de Chagas

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Une série d'événements vont peut-être permettre de lutter plus efficacement contre la maladie de Chagas: deux partenariats publics-privés signés au cours des derniers mois par l'Argentine, et le déchiffrage du génome de l'insecte vecteur de la transmission.

Photo: Thierry Heger, licence Creative CommonsAttribution-Share Alike 3.0 UnportedLa maladie de Chagas est une parasitose transmise par une punaise tropicale (photo) qui s'alimente de sang. La période d'incubation est très longue, la contamination difficile à détecter, et le parasite touche les organes, principalement le coeur, entraînant maladies chroniques et morts prématurées. En outre, le mal se transmet par les transfusions et lors des accouchements, de la mère parasitée à l'enfant; c'est pourquoi la maladie de Chagas a été surnommée "le nouveau sida d'Amérique".

Elle est considérée comme une "maladie de la pauvreté" par l'Organisation Panaméricaine de la Santé, car la punaise piqueuse niche dans les creux et les fissures, notamment dans les logements de mauvaise qualité. On estime à dix millions le nombre de personnes porteuses, et si la propagation s'est accélérée en Bolivie, en Colombie, en Amérique Centrale et au Mexique, on recense également trois cents mille malades aux Etats-Unis.

La maladie a été identifiée en 1909 par le médecin brésilien Carlos Chagas, mais les deux médicaments encore utilisés aujourd'hui ont été créés dans les années 60 et 70. Ces deux molécules - le nifurtimox et le bendnidazole - sont cependant très toxiques et nombre de malades ont dû interrompre leur traitement pour intolérance. Le bendnidazole, le plus utilisé, était produit par le laboratoire Roche qui en a arrêté la fabrication à la fin des années 90. Le laboratoire public brésilien Lafede est le seul à le produire depuis 2003, mais à partir du principe actif élaboré par un laboratoire privé, Nortec Quimica - producteur unique depuis fin 2011, et qui ne couvre pas les besoins. Les stocks brésiliens sont donc presque vides, alors que le nombre de cas identifiés est en hausse.

L'Argentine a donc pris des mesures en vue de répondre à la demande nationale et de chercher de nouvelles pistes de traitement. Un partenariat public-privé a été signé fin mars entre un consortium de laboratoires pharmaceutiques et le Ministère de la Santé, pour produire du bendnidazole en Argentine. Ce pays compte un million et demi de malades dont trois cents mille affectés de cardiopathies sévères (voir aussi l'article de Courrier International: Les Argentins se mobilisent contre la maladie de Chagas). A la fin de l'année, les stocks argentins devraient être suffisants pour que la production puisse être exportée vers d'autres pays latinoaméricains.

L'autre partenariat public-privé a débuté en décembre 2011, et associe l'institut de biologie de Rosario et le laboratoire Sanofi. Celui-ci s'est engagé à céder gratuitement trois cents molécules de son catalogue à l'institut qui les testera contre le parasite Trypanosoma cruzi. Ce chiffre pourraît être revu à la hausse si aucune des molécules sélectionnées ne donnait de résultat satisfaisant. Sanofi a également fourni à l'institut du matériel de recherche pour accélérer les travaux. Un partenariat gagnant-gagnant: si les recherches de l'institut de Rosario débouchent sur un traitement, celui-ci appartiendra à la fois au gouvernement argentin et à l'entité pharmaceutique. Sanofi serait alors le seul laboratoire international à proposer un traitement contre une maladie qui affecte de plus en plus d'individus dans les pays du nord, où sa commercialisation serait rentable. En 2007, l'OMS avertissait de la présence du Chagas aux Etats-Unis et en Europe, essentiellement chez des populations migrantes. En 2010, il était également détecté au Japon et au Canada.

D'autre part, à la mi-mai, une équipe internationale de trente chercheurs annonçait le déchiffrage du génome de Rhodnius prolixus, le vecteur de la transmission. Le génome a été mis à disposition de la communauté scientifique internationale, dans l'espoir que quelqu'un trouve les raisons de la transmission du parasite par cette punaise. Une fois le mécanisme trouvé, il sera peut-être possible de l'inhiber, ce qui serait une autre façon de lutter contre l'expansion de la maladie.

Les efforts contre le Chagas semblent s'intensifier et la présence croissante de celui-ci dans les pays du nord n'est pas probablement pas étrangère à cette soudaine préoccupation. Réjouissons-nous-en!

Photo: Thierry Heger, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Sur BBC Mundo: reportage photo La maladie oubliée et mortelle d'Amérique Latine