Cristina "récupère" le groupe pétrolier YPF

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Cristina Fernández de Kirchner a annoncé hier 16 avril l'expropriation de 51% des actions de la compagnie YPF, prises dans les 57% de l'espagnol Repsol. Cette annonce a provoqué une levée de boucliers un peu partout dans le monde et y compris en Argentine, mais curieusement, personne ne rappelle pour le moment que Repsol avait acheté pour un prix très modique l'ancienne compagnie nationale d'hydrocarbures.

C'est la préoccupation internationale du moment pour le gouvernement espagnol, qui aurait pourtant bien d'autres éléphants à fouetter: Cristina Kirchner a annoncé l'expropriation de l'essentiel des parts de Repsol dans la compagnie Gisements Petrolifères Fiscaux SA (YPF-SA), Il s'agit, a expliqué la présidente, d'une "récupération": celle de la première entreprise productrice d'hydrocarbures sur le sol argentin, sous l'argument de l'intérêt public. YPF contrôle en effet le tiers de la production de pétrole et près d'un quart de celle de gaz.

Récupération de la souveraineté pour les uns, très mauvaise décision pour l'Espagne et l'Argentine elle-même pour les autres - quid de la sécurité juridique des investissements étrangers? On retrouve là la problématique de Cajamarca, au Pérou - cette décision émeut notamment les gouvernements, les Bourses et la Commission Européenne.

Ils ont certainement raison sur un grand nombre de points. Cependant, à moi qui ne suis ni politique ni économiste, cet épisode me renvoie à un passage du film du réalisateur argentin Pino Solanas, Memorias del saqueo (mal traduit par: Mémoires d'un saccage, alors que saqueo signifie pillage). Il revient sur la privatisation d'YPF en 1990 et surtout son rachat par Repsol en 1999 pour treize milliards d'euros. Dans son analyse pour El País, Santiago Carcar évoque le courage et la persévérance de l'entreprise espagnole qui se voit dépouillée aujourd'hui de ce qui est en train de redevenir un fleuron, alors que les réserves d'hydrocarbures argentines sont estimées à la hausse.

Côté argentin, le film de Pino Solanas (voir l'extrait) rappelle qu'YPF, créée en 1922, fut la première compagnie pétrolière d'Etat. Son rôle dans le développement économique et social du pays fut incomparable. La vente à Repsol est considérée comme "un acte de sauvagerie" (una salvajada). Les actions, exposent les intervenants interrogés par Solanas, ont été vendues pour la moitié de leur valeur; pour dissimuler la spolitation, l'entreprise McKinley a été priée de revoir les estimations des réserves d'hydrocarbures à la baisse. Après la vente, les réserves ont été revues. Les Argentins n'avaient guère digéré non plus le système appliqué pour le paiement des redevances de l'exploitation à leur pays: l'entreprise émettait chaque année une déclaration sur l'honneur pour indiquer les quantités d'hydrocarbures extraites.

Alors certes, l'initiative de Cristina Fernández risque d'avoir de lourdes conséquences internationales, mais assurément aujourd'hui une partie du peuple argentin doit avoir l'impression de retrouver enfin ce dont il avait été spolié.

Illustrations: copie d'écran du site argentin La Nación / Copie d'écran du site espagnol El País - 17/04