Conflit minier en Bolivie: un vice-ministre tué

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Le vice-ministre en charge du Régime intérieur et de la Police (appellation bolivienne du ministère de l'Intérieur) a été tué hier jeudi dans le cadre d'un conflit entre les coopératives de mineurs et le gouvernement d'Evo Morales.

Le président Evo Morales a promulgué vendredi 19 août une réforme de la Loi Générale sur les Coopératives, donnant notamment aux membres des coopératives le droit de se syndiquer. Ce nouveau texte ne rallie pas tous les suffrages, puisque la Confédération Nationale des Coopératives de Bolivie (Concobol) avait demandé la suspension de sa ratification.

Mais c'est du côté des coopératives minières que l'opposition est la plus forte. La Fédération Nationale des Coopératives Minières (Fencomin) avait commencé à bloquer des routes dès le mercredi 10 pour faire pression sur le gouvernement, arguant notamment du fait que cette loi lui serait préjudiciable.

Pour le gouvernement, il s'agit d'un prétexte, car la révision de la loi sur les coopératives ne s'appliquerait pas au secteur minier: la Fencomin, dit-il, veut en fait la modification de la Loi Minière de 2014, qui dans son article 151 interdit aux coopératives de s'associer avec des entreprises privées, qu'elles soient nationales ou étrangères. C'est en effet l'une des dix revendications initiales (elles sont désormais vingt-quatre) présentées par la fédération, qui réclame en outre l'octroi de davantage de zones à exploiter et la révision à la baisse des normes environnementales.

Selon le ministre du Gouvernement Carlos Romero, les coopératives sont reconnues et encouragées dans la Constitution, car ces organisations ne sont pas à but lucratif et ses membres travaillent dans des conditions d'égalité; elles ne peuvent donc pas servir de "parapluie" à une entreprise privée, dont le fonctionnement est différent (et encore moins faire bénéficier ces entreprises des avantages fiscaux spécifiques aux coopératives). Pourtant, il semble que les coopératives minières ne soient que partiellement conformes à la vision ainsi exposée: pour l'essentiel, elles rassemblent des groupes minoritaires de patrons et des dizaines de milliers de travailleurs exploités, qui auraient tout intérêt à pouvoir se syndiquer. Est-ce parce que le secteur soutient traditionnellement le gouvernement d'Evo Morales, qui le lui rend bien en général, que le droit de se syndiquer s'arrêterait à la porte des coopératives minières?

Quoi qu'il en soit, la Fencomin considère comme une "provocation" et une "déclaration de guerre" la décision du gouvernement, tandis que la Concobol a déploré le manque d'écoute de celui-ci. En conséquence de quoi, tout le monde se voyait obligé de se mobiliser, en établissant des barrages et en les faisant tenir à grands renforts de dynamite et de fusils Mauser (ils ont braqué un musée??) pour répondre aux interventions policières.

S'en est suivi le classique chassé-croisé: arrestation de manifestants, prise d'otages parmi les forces de l'ordre, manifestants relâchés en échange des otages, durcissement des positions. Et visite à Panduro (à 186 km au sud de La Paz) du vice-ministre du régime intérieur et de la police, Rodolfo Illanes, qui a pris ses fonctions en mars dernier et qui tentait de rétablir les conditions d'un dialogue. Après un nouvel échange de mots doux au cours de la journée de jeudi (- le vice-ministre a été séquestré! - pas du tout, il n'est que retenu. - les mineurs ont menacé de le torturer! - non non je vais bien, merci), un journaliste a déclaré avoir vu le corps sans vie dudit vice-ministre en fin d'après-midi. D'après les déclarations du ministre de la Défense une fois le corps récupéré, Illanes a été torturé et battu à mort.

Le 14 août, le gouvernement accusait les coopératives minières d'être prêtes à tuer pour arriver à leurs fins; une formule de style peut-être, mais qui prend tout son poids avec le lynchage de Rodolfo Illanes. Les négociations entre le gouvernement et la fédération des coopératives doivent néanmoins reprendre aujourd'hui, alors que le président Morales a décrété un deuil national de trois jours et élevé Illanes au rang de héros national défenseur des ressources naturelles.