Conflit frontalier: la réponse du berger nica à la bergère tica

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Le Nicaragua demande au Costa Rica l'arrêt immédiat des travaux de construction d'une route frontalière côté costaricain. Mais sans savoir encore exactement quels arguments privilégier: préservation de l'environnement ou de la navigabilité du fleuve frontière San Juan?

Le Costa Rica a dénoncé l'an passé l'invasion par des militaires nicas d'un territoire situé dans le delta du fleuve San Juan, connu sous le nom d'île Calero au Costa Rica et de Harbour Head au Nicaragua, et que chacun des deux pays revendique comme sien. En outre, comme il s'agit d'une zone humide protégée par la Convention de Ramsar, le Costa Rica avait dénoncé des atteintes à l'environnement, notamment le déversement de sédiments dragués dans le fleuve par les Nicas. La Cour Internationale de Justice avait rendu un jugement qui n'en a pas fini avec les tensions: retrait des militaires nicas, pas de provocations d'un côté ou de l'autre, accès aux Ticos réservé à des inspections environnementales préalablement déclarées à la Commission Ramsar.

Du fait des tensions frontalières, le Costa Rica a décidé de la construction d'une route parallèle au fleuve, sur 120 km, afin de permettre le déplacement de sa population sans utiliser le fleuve San Juan. Evidemment, construire une route suppose une dégradation de l'environnement immédiat, dont le bassin du fleuve... et le Nicaragua a sauté sur l'occasion pour dénoncer l'hypocrisie de son voisin qui se donne des airs de pays écoresponsable et détruit l'environnement quand ça l'arrange. Le pays a donc envoyé une note officielle à son voisin du sud pour demander la suspension des travaux jusqu'à ce que soit élaborée une étude d'impact environnemental, en soulignant le fait que cette étude aurait dû être portée à sa connaissance avant le début des travaux.

Ils ont dû se faire plaisir au Nicaragua, mais c'est tout de même un peu spécieux, cette argumentation. D'ailleurs, un juriste nicaraguayen, Manuel Madriz, recommande de ne pas attaquer sous l'angle environnemental, dont le traitement par la Cour Internationale de Justice risquerait de prendre des années, mais plutôt sous l'angle de la navigabilité du fleuve - que le Nicaragua draguait précisément pour faciliter le déplacement de bateaux à fort tonnage. En effet, la déforestation de la zone et les pluies tropicales entraîneront forcément des sédiments dans le lit du fleuve. L'aspect de délit environnemental pourraît être simplement porté devant la Commission Ramsar.