Chili: le gouvernement bouge sur l'éducation

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Alors que les manifestations étudiantes ont commencé il y a près d'un an, pour réclamer une éducation publique gratuite et de qualité dans un pays où l'Etat ne finance que 14% des centres éducatifs, le gouvernement semble bouger légèrement sur ses positions.

Ainsi le président Piñera a-t-il annoncé jeudi 26 avril une réforme fiscale dont l'objet est de recueillir de 700 millions à un milliard de dollars chaque année - près de 0.4 points de PIB; ce pécule serait intégralement affecté à la réforme éducative, afin "d'améliorer la qualité, l'accès et le financement de l'éducation pour les enfants et les jeunes à tous les niveaux: préscolaire, scolaire et universitaire".

Cet argent financera en partie des places gratuites en maternelle et des aides économiques pour les élèves du primaire et du secondaire issus des classes moyennes et pauvres. Par ailleurs, les bourses seraient multipliées par quatre sur un double critère économique et de mérite.

Autre annonce faite dès le lundi précédent: désormais les étudiants ne devront plus recourir aux banques privées - avec des taux d'intérêt moyens de 6% - pour financer leurs études. C'est l'Etat qui leur fera crédit, à 2%, et le remboursement se fera en 180 mensualités à partir du moment où les anciens étudiants ont trouvé un emploi. Le montant versé mensuellement ne pourra excéder 10% des revenus des emprunteurs; la dette s'éteindra à l'issue des 180 mois. La mesure concerne tous les jeunes Chiliens à l'exception de ceux issus des 10% des foyers les plus riches.

Il s'agit certes d'une avancée mais les étudiants restent circonspects. On est loin en effet de leur revendication d'une éducation gratuite, d'ailleurs rejetée par le ministre de l'Education Harald Beyer (celui-là même qui envisageait de remplacer dans les manuels scolaires le terme de "dictature" par ceux de "régime militaire" pour parler de l'ère Pinochet). L'éducation gratuite, dans un pays aussi inégal que le Chili, serait une "politique injuste", a-t-il argumenté, car cela reviendrait à faire payer l'éducation des plus riches par tous, y compris les plus pauvres; et d'autre part ce serait renoncer à la qualité (?) et à l'équité (??).

La Confédération des étudiants chiliens (CONFECh) a dès le lendemain - aujourd'hui - considéré les propositions du président comme insuffisantes: d'après les calculs de l'organisation, ce n'est pas un mais quatre milliards qu'il faudrait injecter chaque année dans l'éducation pour une réforme "sérieuse".

D'après les sondages d'opinion, le président Piñera recueille 62% d'opinions défavorables. Le meilleur moment pour sa cote de popularité a été celui du sauvetage des 33 mineurs de Copiapó en octobre 2010, six mois après son accession au pouvoir.