Bolivie: l'avion présidentiel et l'arroseur arrosé

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La mobilisation continue en Amérique du Sud après le scandale de la fermeture de l'espace aérien de quatre pays européens à l'avion du président Morales. Celui-ci exploite d'ailleurs habilement l'indignation générale, mais le Brésil vient de le mettre en porte-à-faux, en révélant que la Bolivie a illégalement inspecté trois avions militaires brésiliens, dont l'un transportait le ministre Celso Amorim, en 2011.

L'affront fait au président bolivien était de taille: alors que celui-ci regagnait son pays après avoir participé au sommet des pays producteurs de gaz en Russie, quatre pays d'Europe de l'ouest - France, Italie, Espagne, Portugal - lui ont fermé leur espace aérien, obligeant l'avion présidentiel à un atterrissage à l'aéroport de Vienne pour se ravitailler en carburant. Là, l'ambassadeur espagnol avait rendu visite à Morales et demandé à être invité à bord de l'avion présidentiel.

La question de fond: la présence du lanceur d'alerte Edward Snowden, que les Etats-Unis donnaient pour assurée. Par la suite, Snowden étant toujours à Moscou, les pays concernés juraient que jamais au grand jamais ils n'avaient fermé leur espace aérien, mais un peu tard: le président Morales et l'Unasur, après réflexion, exigeaient et obtenaient des excuses circonstanciées de l'Italie, du Portugal, de la France et de l'Espagne

Constatant le bénéfice de notoriété internationale et d'image du président, Evo Morales et son ministre des Affaires Etrangères, David Choquehuanca, décident donc d'aller plus loin et de demander que les responsables de la fermeture des différents espaces aériens soient punis de façon exemplaire. En France, il s'agirait de la directrice-adjointe de cabinet de Jean-Marc Ayrault. Le président bolivien capitalise sur cet incident (grave) en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2014, à laquelle il se présente pour un troisième mandat grâce à une habile interprétation de la Constitution adoptée en 2009.

Mais le Brésil risque bien de faire retomber le soutien inconditionnel à Morales, en révélant des faits qui remontent à octobre 2011 mais n'avaient pas été rendus publics. Et le parallèle avec l'affaire Snowden est assez troublant: la Bolivie aurait inspecté trois avions militaires brésiliens, dont l'un transportait le ministre de la Défense Celso Amorim, en voyage officiel.

David Choquehuanca a commencé par nier l'incident signalé dans la presse - "des publications irresponsables et infondées. Soyons plus responsables et plus sérieux" - avant que les autorités brésiliennes ne confirment les faits.

Reste à savoir quel jeu joue le Brésil: simple rétablissement d'une vérité? Sabordage du coup d'éclat d'un voisin parfois encombrant? Contre-feu en soutien aux Etats-Unis?

19/07. Le président Morales présente ses excuses au Brésil pour l'intrusion non autorisée d'agents anti-stupéfiants dans les avions militaires brésiliens.