Bolivie-Chili: le conflit du Silala resurgit

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Le président bolivien Evo Morales réveille un vieux motif de conflit avec son voisin chilien: l'eau du Silala, un système hydrographique au caractère frontalier discuté.

Le 23 mars a lieu en Bolivie la Journée de la Mer, occasion annuelle de revendiquer l'accès au Pacifique, perdu suite à la guerre éponyme contre le Chili. Mais ce 23 mars, Evo Morales a décidé d'innover. Affaibli sur la scène politique, notamment après un rejet populaire à son souhait de se présenter pour un mandat de plus - il est président depuis 2006 - et cerné par des histoires de corruption - un de plus me direz-vous, mais là ça inclut une ancienne petite amie et un fils supposément mort qui ne l'était pas -, le chef d'Etat s'est déplacé dans le Potosi pour dénoncer le vol centenaire de l'eau bolivienne par le Chili.

Le Silala est un système hydrographique qui prend naissance à quelques kilomètres de la frontière, en territoire bolivien. Jusque là, tout le monde est d'accord.

Mais pour le Chili, il s'agit d'un fleuve transfrontalier, donc international, et par voie de conséquence le pays peut s'en servir au bénéfice de ses populations.

Pour la Bolivie en revanche, il s'agit d'un ensemble de sources qui se perdaient historiquement dans une sorte de marais andin jusqu'à ce qu'une compagnie ferroviaire anglo-chilienne, la Antofagasta and Bolivia Railway Company Limited, obtienne en 1908 l'autorisation d'utiliser l'eau du Silala pour alimenter ses locomotives à vapeur. La compagnie aurait alors installé deux systèmes de captage d'eau: un canal creusé jusqu'au Chili, et une canalisation souterraine, avant de transférer ses droits à l'administration chilienne dans les années 60. L'accord a été dénoncé par la Bolivie en 1997, mais le captage d'eau est resté, et sert à alimenter les mines du nord du Chili, dénonce le président Morales. Qui exige donc du Chili le paiement d'une compensation pour ce détournement centenaire d'une source bolivienne, faute de quoi il traînera le Chili devant la cour internationale de justice de La Haye.

A quoi le Chili a répondu: c'est çui qui le dit qui l'est si la Bolivie nous attaque en justice à La Haye, nous contre-attaquerons la Bolivie, nananère. (En plus, ils connaissent bien les lieux, puisque la dispute pour l'accès à la mer a été présentée à cette même cour il y a pfff là là, et qu'en septembre 2015 elle s'est déclarée compétente pour trancher.)

Côté chilien, la crispation devient patente: il faut dire que les deux pays s'étaient censément mis d'accord en 2009 pour se répartir l'eau à 50/50, et qu'on n'a pas vraiment changé de présidents depuis, Bachelet ayant retrouvé le pouvoir et Morales ne l'ayant pas encore lâché. Divers partis politiques et des entrepreneurs font pression sur la présidente chilienne pour qu'elle dénonce le Pacte de Bogota, par lequel le Chili reconnait la Cour Internationale de Justice de La Haye et s'engage à respecter ses décisions.

Une précaution qui pourrait aussi servir si la CIJ devait trancher en faveur de la Bolivie dans l'affaire de l'accès à la mer. Il y a en outre des précédents: la Colombie a dénoncé en 2012 le pacte signé dans sa propre capitale, pour éviter d'appliquer la résolution qui accorde au Nicaragua 75.000 km2 de territoire maritime jusqu'alors colombien.