Affaire Nóos: la maison royale brûle

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Le gendre du roi d'Espagne, Iñaki Urdangarín, fait l'objet d'une enquête depuis près de quatorze mois pour abus de biens publics, fraude fiscale, évasion d'impôts, faux et usage de faux, dans le cadre de l'institut de conseil et lobbying Nóos. Mais la mèche enflammée se rapproche de plus en plus dangereusement de la maison royale.

L'institut Nóos, fondé en 1999 par Diego Torres, ne commence ses activités qu'en 2003, lorsque le mari de l'infante Cristina, Iñaki Urdangarín, en prend la présidence. Les missions de cet institut à but non lucratif consistaient pour l'essentiel à faire des recherches et donner des conseils sur les stratégies de mécénat et de responsabilité sociale. A l'usage, l'institut assurait également du lobbying et de la mise en relation à haut niveau, s'appuyant sur la qualité de gendre royal d'Urdangarin, ainsi, semble-t-il, que sur le carnet d'adresses de beau-papa. Nóos ne serait pas étranger à l'organisation de la Coupe de l'America à Valence en 2007.

En 2006, la maison royale demande à l'époux de Cristina de cesser ses activités au sein de l'institut, certainement parce qu'il manque de temps pour pratiquer le handball dont il fut champion en son temps. Ou alors pour une autre raison. Au fil de l'enquête, des témoins ont d'ailleurs indiqué que la maison royale était au courant des activités du duc de Palma - par alliance -, que le roi avait rendu des services, que la princesse Corinna Sayn-Wittgenstein, amie intime du roi (comprendre: plus intime qu'amie, c'est avec Corinna que Juan Carlos chassait l'éléphant au Botswana, mais en Espagne on ne dit pas ces choses-là) travaillait régulièrement avec le gendre de celui-ci, et que l'infante Cristina jouait un rôle important et participait aux prises de décisions au sein de Nóos.

Ce dont la maison royale ne veut surtout pas entendre parler. Ainsi, selon le New York Times, repris par El Pais et des dizaines de sites, depuis dix jours le roi ferait des pieds et des mains, et les services secrets itou, pour décourager les médias de publier ce genre d'affirmations. Alors que les juges, fort opportunément, n'envisagent pas de mettre Cristina en examen dans l'affaire, ni d'ailleurs de l'entendre comme témoin.

Que le gendre soit accusé de mauvaise conduite, c'est déjà dramatique, mais cela peut s'arranger: on explique que la justice est la même pour tous lors du solennel discours de Noël du roi (2011), on réduit la "famille royale" au minimum (au couple royal et au couple princier), on efface la page d'Urdangarin sur le site de la maison royale. Bon. Mais la fille, ça serait autre chose, et ce n'est pas envisageable. Le duc de Palma, qui sera à nouveau entendu demain par la justice, a certainement compris le message.