A quoi sert une première dame?

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A quoi sert une première dame? C'est en substance la question que s'est posée le journal bolivien La Razón il y a quelques mois, face à un constat: la Bolivie n'a plus de première dame depuis sept ans. Et ne s'en porte finalement pas plus mal.

C'est un long article que cette réflexion fondée sur l'analyse du rôle de la première dame bolivienne depuis l'indépendance du pays. Courrier International en a publié des extraits dans son numéro daté du 3 mai 2012.

Il en ressort que dans la république andine - comme dans d'autres pays latinoaméricains et au-delà du continent - la première dame est bien souvent priée d'être la première mère, et de s'occuper du social: les enfants, les pauvres, car bien sûr en tant que femme 1) ça la passionne 2) elle est tellement mieux que le président pour ça (d'autant que lui, il a des sujets sérieux à traiter) et 3) ça contribue à la popularité du président. En République Dominicaine, la femme du président Leonel Fernández a été la colistière du candidat à la présidentielle, qui y a gagné le report d'une grosse cote d'amour et a au passage remporté l'élection.

Pour l'ex-président bolivien Carlos Mesa, ce serait plutôt à l'Etat de s'occuper du social. Au demeurant, le peuple élit un ou une présidente (car oui, il y a des présidentes désormais, ou il y en a eu: au Chili, en Argentine, au Brésil, au Panama, au Costa Rica...), et non un couple présidentiel. Et le ou la conjointe du chef d'Etat n'a pas vocation à être serviteur ou servante dudit Etat: Carlos Mesa est favorable à la discrétion et à la poursuite de l'activité professionnelle antérieure à l'élection. Ce qu'il a pratiqué lui-même (enfin, plutôt sa femme) et ce qui se fait en Equateur, où l'épouse de Rafael Correa continue à enseigner dans le secondaire aussi discrètement que possible. On devrait soumettre à Mesa l'hypothèse d'une première dame journaliste politique, juste pour rire.

Mais un certain nombre de compagnes de présidents latinoaméricains ont elles-mêmes eu une activité politique, rappelle Terra dans un diaporama intitulé "Les premières dames ne sont pas toujours derrière". Cristina Kirchner était élue, avant de devenir présidente à la suite de son mari Néstor. Sandra Torres, épouse de l'ex-président guatémaltèque Alvaro Colom, avait co-créé avec lui leur mouvement politique. La Constitution cherchant à empêcher les dynasties, sa candidature a été rejetée par le Tribunal Electoral - elle aura pourtant divorcé uniquement pour rompre le lien de parenté. En Uruguay, Lucía Topolansky, épouse du président José Mujica depuis 2005, a été militante, guérillera, députée puis sénatrice, responsabilité qu'elle occupe toujours.

D'autres en revanche semblent s'être bien faites aux oeuvres sociales, comme Nadine Heredia, la femme du président péruvien Ollanta Humala, ou María Clemencia Rodríguez, celle du président colombien Juan Manuel Santos. C'est encore le cas de Rosa Elena Bonilla au Honduras, et Dieu sait si elle a du boulot.

D'autres enfin ont un rôle politique injustifié, comme Rosario Murillo, la femme du nicaraguayen Daniel Ortega, officiellement porte-parole du gouvernement et dans les faits ministre de la Présidence (un poste qui n'existe pas en France. Enfin, pas encore. Oui, bah taisez-vous, inutile de donner des idées). Vous voyez, Rosario Murillo? Mais si, celle qui voit l'accouchement d'une gamine de douze ans comme un miracle, la preuve que Dieu a voulu la réélection de son mari? Au Salvador, c'est une espèce de combo politico-social: l'épouse du président Mauricio Funes, Vanda Pignato, est secrétaire d'Etat à l'inclusion sociale.

Et à l'attention des Nords-Américains qui se pâment devant une "First Girlfriend", une petite note historique: en Bolivie, le "Capitaine du Siècle", le président Mariano Melgarejo (1864-1871)  avait donné le rôle de première dame à sa maîtresse Juana Sánchez, lui-même vivant séparé de son épouse. Comme on dit au nord et au sud du continent: "un affair, oh la la!" (oui, les Américains sont parfois pénibles, quand on est Français).