120 jours, durée de vie du gouvernement péruvien

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Le président Humala procède à son premier remaniement ministériel. L'occasion lui en est donnée par la démission du premier ministre, Salomon Lerner; plus de la moitié du gouvernement sera modifiée dans la foulée. On note l'arrivée au poste de premier ministre d'Oscar Valdés, entrepreneur et ancien militaire, et le départ de l'emblématique Susana Baca qui était en charge de la Culture. Mais la question que tous se posent est: pourquoi le premier ministre a-t-il démissionné au bout de 120 jours?

Dans la lettre par laquelle il présente sa démission au président Humala, Salomon Lerner expose sa satisfaction du travail accompli en cinq mois et indique que le passage à une nouvelle étape de gouvernement requiert des "ajustements dans la politique de conduite du gouvernement". Sa démission a donc pour "unique objectif" de laisser une "totale liberté" au président pour mener ces ajustements.

Ah! qu'en termes galants ces choses-là sont mises. En attendant, on ne comprend toujours pas le pourquoi de la démission (enfin, il y en a qui comprennent: le nouveau premier ministre commentait que tout était dit dans la lettre de Lerner et que c'était très clair). Même si on se doute bien qu'il doit y avoir un rapport avec le rejet par la population du maxiprojet minier Conga.

L'éditorialiste Augusto Álvarez Rodrich expose dans La República l'analyse suivante: Humala avait un peu improvisé son premier gouvernement, et les divergences d'opinion sont clairement apparues dans le traitement de la crise de Cajamarca autour du projet Conga. Le président et la première dame, Nadine Heredia, auraient décidé de faire le ménage sans traîner. Et comme plusieurs des ministres sortants et des conseillers virés avaient été amenés par Salomon Lerner, il était logique que celui-ci suive le mouvement.

Moyennant quoi l'on s'interroge sur un éventuel changement du mode de gestion de la crise de Cajamarca. Un journaliste interviewant le nouveau "Premier" indique que Lerner aurait appris l'instauration de l'état d'urgence par la télévision, ce que dément farouchement Valdés (qui au passage était ministre de la Défense dans le gouvernement Lerner, et favorable à la méthode forte): pas du tout, un état d'urgence, ça se vote en Conseil des ministres, donc Lerner savait. Ah. Une autre source, La Mula (je ne sais pas bien ce que c'est mais ça a l'air assez alternatif), évoque pourtant un désaccord de principe sur Cajamarca: le président aurait fait une déclaration fort peu goûtée du Premier, sur le thème "le projet Conga est nécessaire pour la grande transformation et l'inclusion sociale". Or Lerner aurait considéré cela comme un "manque de respect des électeurs, à qui l'on avait dit que l'eau était prioritaire".

Précisément, fait savoir Oscar Valdés, le projet Conga fera l'objet d'une expertise internationale qui décidera de son issue. Alors, si je puis me permettre: tout est dans l'art de choisir ses experts. Prenez ceux de Barrick Gold par exemple, ils sont très forts. Ce sont ceux qui vous font un plan de préservation environnementale dans lequel on déplace des glaciers qui gênent - parce qu'il y a de l'or en dessous - sur une montagne à côté - si vous voulez cherchez, c'est le projet Pascua Lama. S'ils peuvent déplacer un glacier et faire accepter le projet par l'Etat chilien, pensez si faire passer le drainage de quatre lagunes c'est de la petite bière pour eux.